Digitalise-moi ! (partie 1)

Ce congrès, on en reparlera souvent… Déjà parce que les circonstances exceptionnelles dues au Covid nous ont empêché de nous retrouver dans cette ambiance conviviale que l’on apprécie tant dans notre mouvement…. Mais aussi par le fait que l’on se rend compte que l’on est peu de choses face à un câble défaillant. Ce câble qui nous a également empêché de nous retrouver en live et c’est donc au final un congrès enregistré et mis sur youtube que nous avons été contraintes de vous proposer. Soyez assurées que la déception était à la hauteur de la qualité de ce congrès qui se voulait exceptionnel. Retour sur cette matinée virtuelle

Par Myriam Lambillon, coordinatrice UAW

 

C’est notre présidente nationale, Geneviève Ligny, qui a donc ouvert le bal en introduisant le sujet :

« Le thème choisi par le Bureau UAW pour cette Assemblée est le Numérique. Un thème qui, dans la société d’aujourd’hui, est incontournable !

La crise sanitaire vécue en 2020, et qui se poursuit actuellement, a déjà démontré les services que peut rendre le numérique en matière de travail, de communication « sans contacts », de commerce, etc.

Mais qu’en est-il de l’agriculture ? Quel est l’intérêt du numérique dans notre profession ?

C’est ce que nous allons développer lors de cette matinée avec nos différents intervenants.

L’agriculture numérique s’appuie sur trois fondamentaux : la gestion de l’information, l’agriculture de précision et l’automatisation.

Elle représente l’application moderne des technologies de l’information et de la communication dans le domaine agricole.

Les données agricoles étant obtenues par

  • les capteurs (aussi bien utilisés en élevage qu’en grandes cultures),
  • les systèmes de positionnement,
  • les bases de données,
  • les drones,
  • la robotique,
  • les tablettes,
  • les GPS etc.

Si nous avons choisi ce sujet, c’est avant tout pour montrer que la transformation numérique en agriculture offre beaucoup de possibilités, mais doit aussi se faire à l’image de ses utilisateurs.

Tous les outils numériques peuvent offrir de formidables innovations et être sources de solutions opérationnelles,

et pourtant beaucoup de pratiques agricoles mises en place dans le secteur agricole wallon peuvent déjà être considérées comme innovantes sans forcément avoir recours à la technologie digitale !

Pour être au service des agricultrices et agriculteurs, le numérique doit donc rassembler des solutions opérationnelles pour le plus grand nombre, connectées au terrain, afin que la plupart y adhèrent ; et il est également à prendre en considération que chacun choisira les solutions numériques à son image et en fonction de ses besoins dans son exploitation

Pour convaincre et être utilisée, l’agriculture numérique doit apporter une valeur ajoutée à son utilisateur, et en agriculture on parle d’outils d’aide à la décision qui permettent une meilleure efficacité dans l’exécution du travail effectué dans son exploitation mais également au niveau du management de son entreprise.

La plupart d’entre nous n’aiment pas le risque, et si le numérique peut diminuer ce risque grâce à l’acquisition de nombreuses informations aidant à la décision, il a de quoi séduire le monde agricole !

En combinant les potentialités du numérique en matière de gestion des risques, la charge mentale endurée par les agricultrices et agriculteurs pourrait être réduite : car c’est le risque quotidien que peut représenter nos investissements à court, moyen et long termes qui sont source de stress.

Si le numérique est capable de proposer un travail potentiellement différent, qui économise du temps, de l’argent, permet une gestion du travail plus simplifiée, économiquement rentable, ainsi qu’une meilleure gestion agronomique, respectueuse de l’environnement ; et si en plus,  ces moyens digitaux améliorent le confort de vie, le numérique a de quoi séduire et aider le monde agricole.

En effet, en mesurant des paramètres zootechniques en élevage, ou des variabilités intra et inter parcelles au niveau des cultures par exemple, les outils numériques d’aide à la décision répondent à divers besoins de réduction des charges de travail des agricultrices et agriculteurs, de gestion individualisée d’un troupeau, d’anticipation des problèmes sanitaires, d’optimisation des intrants, de préservation des ressources…

En étant au service de l’agriculteur et de l’agriculture, le numérique permet alors d’améliorer le confort de travail en automatisant les tâches les plus contraignantes, de réduire la pénibilité mentale et physique de certaines tâches, de gagner en efficience et d’anticiper les risques.

Pour de nombreuses agricultrices et de nombreux agriculteurs, la numérisation améliore déjà leur quotidien grâce à un accès à l’information partout et tout le temps, à l’acquisition de données en temps réel, à la rapidité d’adaptation que peut offrir le numérique dans la gestion quotidienne d’une exploitation.

Par ailleurs, cette transformation numérique nécessite de relever de nombreux défis et pose aussi une liste de questions :

  • Cybersécurité et protection des données ? c’est une question importante, à laquelle nous devons prêter une attention particulière afin de garder la maîtrise de nos données.
  • Formation des utilisateurs ?
  • Risque de générer une fracture numérique dans le secteur ?

Mais malgré ces éléments de réflexion, il ne fait aucun doute que la numérisation de l’agriculture va se poursuivre et perdurer !

Notre congrès a toute son importance car il s’inscrit dans la semaine belge de l’intelligence artificielle. »

 

Des intervenants de qualité

Autour de la table, nous avons pu entendre Monsieur Weykmans, administrateur délégué de Waldigifarm ainsi que deux agriculteurs, Caroline Devillers et Guillaume Fastré, ayant des fermes et des spéculations très différentes et pourtant qui utilisent au quotidien le numérique. Une occasion de voir pratiquement comment l’utiliser et surtout voir si le numérique peut faciliter notre vie au quotidien. Dans cet article, nous irons à la rencontre de Mr Weykmans. 

Il y a 5 ans, Mr Weykmans avait été invité à l’UAW pour s’exprimer sur l’impact des big data et du smart farming sur les exploitations agricoles avec les applications mises en place au niveau de la SCAM

Aujourd’hui, il est administrateur de Waldigifarm, une asbl mise en place par différents acteurs du système agro-numérique wallon qui a pour but de favoriser et valoriser l’usage du numérique dans le secteur.

 

UAW : Les outils numériques, on le sait, sont utilisés plus régulièrement dans l’élevage que dans les grandes cultures. Néanmoins avez-vous quelques chiffres sur l‘utilisation des outils au niveau des cultures ?

Il est vrai qu’en terme d’échanges de données, le secteur végétal a du retard sur le secteur élevage.

Pour illustrer nos réalités de terrain, il est de bon ton de donner quelques chiffres :

50% des agriculteurs utilisent le système de guidage assisté par satellite pour les machines et on remarque que pour un agriculteur sur 6, ces machines ont une correction de haute précision puisque on parle de précision de 2cm. C’est une belle avancée technologique

Il existe par contre , d’autres outils numériques sont moins utilisés. C’est le cas des gestions parcellaires, qui permet une gestion de la traçabilité (carnet de champs électronique) seuls 20% des agriculteurs l’utilisent.

Pareil pour les stations de météo connectées, on reste sous la barre des 10% d’utilisateurs

Il existe de très grands nombres d’applications sur le marché et pourtant très peu utilisées, c’est le cas des applications smartphones. Il existe près de 650 applications smartphones qui peuvent aider à la gestion journalière animale (400 applications)  ou végétale (250 applications) et on sait que l’on reste sous les 5 applications installées sur les smartphones.

Un dernier chiffre intéressant à savoir : la fertilisation assistée par satellite , cela représente un peu moins de 1% des surfaces.

 

UAW : Pas de doute au vu des chiffres, que l’engouement numérique n’est pas présent. Avez-vous su identifier les freins ?

Grâce à un travail de réflexion collaboratif entre partenaires: des agriculteurs, des entrepreneurs, des agronomes, des développeurs de projets numériques, on a pu identifier 8 obstacles qui freinent le développement harmonieux de cet outil numérique dans nos régions de grandes cultures

  • Le retour sur investissement : ce retour ne correspond pas toujours aux promesses faites. C’est l’avis de 6 agriculteurs sur 10
  • Protection des données : un agriculteur sur deux soulève ce frein.
  • Temps disponible : l’emploi du temps est souvent très rythmé. En période de semis ou de fertilisation , si l’application ne veut pas fonctionner, on passe outre et souvent on la remise et on ne l’utilise plus.
  • La complexité des techniques : il reste encore beaucoup trop d’outils qui ne sont pas suffisamment intuitifs et qui s’avèrent trop complexes. Ce qui éloigne les utilisateurs potentiels. Ceci est valables pour tous les systèmes confondus , pas que pour le milieu agricole
  • L’absence d’interopérabilité des systèmes : il s’agit d’un handicap qui est énorme et qui n’est pas non plus propre au monde agricole mais qui est une maladie de toutes technologies. Si on regarde en Wallonie, l’information basique de tous les hectares wallons sera reprise dans 40 plateformes différentes et la seule constate est qu’aucune plateforme ne permet d’échanger des informations avec une autre.
  • L’écart entre les besoins et l’offre : il y a de très nombreuses solutions proposées aux agriculteurs mais qui ne correspondent en rien aux besoins de ceux-ci.
  • Le manque de formations d’accompagnants : il est important que les futurs utilisateurs (concessions agricoles)soient formés à ces nouvelles technologies. Or le cursus scolaire ne prévoit pas pour le moment des formations de ce type. Et on pourra observer très rapidement un écart flagrant entre les technologies qui arrivent sur le terrain et les personnes (concessionnaires) qui sont censées pouvoir former les utilisateurs finaux, voire les dépanner si besoin.
  • Absence d’écosystème numérique : ce frein tente à s’estomper, c’est un des objectifs de Waldigifarm par ailleurs : beaucoup d’acteurs tendent vers le numérique avec plus ou moins de succès et l’idéal est de se diriger vers un seul lieu de rencontre et de dialogue , lieu que l’on appelle écosystème agro-numérique. Il est très important d’avoir un lieu de discussion et d’échange entre agriculteurs et concepteurs de technologies informatiques.

 

Face à tous ces constats tirés d’enquêtes en 2018, il a été décidé de déposer un projet « Waldigifarm » qui a pour objectif principal de lever certains des freins à l’usage du numérique

 

UAW : Waldigifarm s’est donc donnée une mission forte

En effet, Waldigifarm souhaite favoriser l’usage du numérique dans le secteur des productions végétales en Wallonie. On ne poussera pas au numérique pour le numérique en tant que tel, mais l’usage permet aux acteurs de se faire la main et de comprendre progressivement les enjeux positifs et négatifs qui peuvent liés à l’utilisation de ce type de technologies

 

UAW : Pour cela vous avez mis en place 4 axes stratégiques

  • Fédérer des acteurs

Nous voulons créer une association qui permettra à toute une série d’acteurs intéressés de se réunir. Il y a actuellement une centaine de membres.

Particularité de cette action : c’est associer différents acteurs : les métiers traditionnels de l’agriculture : les agriculteurs, les entrepreneurs agricoles, le secteur de l’agro distribution, le secteur de la machine mais aussi les acteurs du numérique

 

  • Stimuler et renforcer l’usage du numérique au travers de l’organisation de formations. Ce qui est visé à travers de ces formations, c’est permettre aux agriculteurs d’utiliser le plein potentiel de leurs outils.
  • Think tank wallon sur la transition numérique wallonne , qui est un laboratoire d’idées. Il s’agit, en concertation avec tous les partenaires qui le souhaitent de se saisir d’une thématique telle que la protection des données, en sachant que toute donnée agricole a un statut particulier. Il y a toutes une série de législations qui vont intervenir ensemble comme par exemple le RGPD, l’open data,….

Et donc, est ce qu’une donnée liée à l’élevage par ex est une donnée privée ou pas, dans quelles mesures ? que peut-on faire ou ne pas faire ?

Et pour y répondre, un projet a donc été mis en place : projet OpEnAgro4.1. qui est coordonné par le CRA-W. Waldigifarm est partenaire de ce projet au même titre que le CRA-W, l’ISSEP, Eleveo et Requasud. L’expertise juridique est amenée par le CRIDS Namur.

Les travaux seront restitués au début de l’hiver 2021 – 2022 et les résultats pourront être présentés d’ici quelques mois

 

  • Concevoir les outils et les structures de demain (c’est le plus ambitieux)

Quand on regarde la prolifération de données générées par les agriculteurs sur le territoire, on peut se demander comment les co-valoriser.

Prenons un exemple :  les données météo . Par rapport à la valeur technique des données météo émises par les agriculteurs, il y a de nouveaux services qui peuvent ou doivent être mis en place pour valoriser au niveau techniques toutes ces données, ces informations.

 

La réflexion pourrait être poussée plus loin et y voir des avantages certains en terme de simplification administrative, des avantages de mise à disposition de données pour les recherches agronomiques avec lesquelles les agriculteurs travaillent depuis toujours, ce qui faciliterait encore davantage la collaboration agriculteurs-chercheurs

On pourrait y voir la création de nouveaux outils qu’on appelle Big data, c’est la possibilité d’aller rechercher dans une base de données immense, des informations que l’on n’arriverait pas à capter d’une autre manière. Par ex, le cas du manque de floraison dans le colza , il y a quelques années, ces données sont dans les carnets de cultures mais le fait de ne pas avoir accès à toutes ces données ne permet pas à la recherche de tirer des conclusions claires

Je terminerai avec des 5 valeurs que Waldigifarm prône

La Neutralité, la Coopération, le Pragmatisme très fortement lie au terrain, la Proactivité, et la Création de valeur (pas financière mais la question du numérique apporte de la valeur technique)

 

UAW : Vous nous citez des avantages mais existe-t-il des craintes par rapport à cette numérisation des données ?

Il y a des craintes par rapport à cette « massification » de données de big data agricoles.

La grande question : « Qui doit détenir l’accès à vos données » ?

L’hypothèse que l’on se fait à Waldigifarm, c’est de se dire que le principe de la structure de la coopérative agricole connue et déjà utilisée dans le milieu agricole pour la valorisation de denrées agricoles, est ce que cela ne conviendrait pas pour la valorisation de données agricoles, valorisation technique

C’est un travail qui est mené sur 4 facettes ; un volet technique, un volet économique : combien cela couterait et comment le financer, un volet juridique et un volet sociologique.

Les travaux sont en cours et courant 2022, les résultats seront présentés et nous pourrons ainsi voir si, sur notre territoire, dans 18 ou 24 mois , on sait développer ce type de nouvelle structure.

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