Digitalise-moi ! (partie 2)

Comme vous le savez, ce congrès a été quelque peu perturbé mais nous avions l’honneur de compter parmi nos intervenants Madame Isabelle Durant, Secrétaire Générale a.i. de la CNUCED ( Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement.

Son intervention n’a pu être enregistrée sur le lien youtube diffusé par après. Mais Mme Durant a pu nous faire parvenir celle-ci. Retour donc sur ce congrès.

De l’ONU à la digitalisation de l’agriculture wallonne, il n’y a qu’un pas !

Par Isabelle Durant

Secrétaire Générale a.i. de la CNUCED - Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement

 

De l’ONU, on connait en général les grands débats, ceux de l’Assemblée Générale où défilent une fois par an à la tribune à New York tous les chefs d’Etat. Ceux du Conseil de Sécurité sur les grands problèmes du monde, les conflits et les questions humanitaires. Plus récemment, une organisation que l’on connaissait, à savoir l’OMS nous est devenue plus familière en raison de la réponse à la pandémie COVID. On pourrait même croire que l’ONU est le gouvernement du monde. On en est loin. Cependant, cette organisation internationale est la seule à organiser l’indispensable dialogue entre toutes les nations, basé sur la charte des droits fondamentaux et l’engagement qu’elle requiert. C’est une aspiration pour tous les peuples et toutes les nations.

 

Mais l’ONU, c’est aussi bien d’autres domaines d’actions qui ont directement à voir avec notre vie quotidienne, qu’il s’agisse des règles du commerce international, des impacts du changement climatique, de la propriété intellectuelle et des brevets (question que la pandémie a mis en lumière), des questions d’alimentation, de sécurité alimentaire et d’agriculture, ou des questions numériques

Nous y voilà donc, à l’intersection entre numérique et agriculture. Aujourd’hui déjà et dans l’avenir certainement, le numérique apporte et apportera sa contribution à l’exploitation agricole, à l’exploitant, au producteur et au consommateur.

Je laisserai à d’autres le soin de présenter ou de commenter les avantages et inconvénients des outils numériques concrets applicables dans les entreprises agricoles de petite et moyenne taille, telles les vôtres.

Par contre, il est important pour tous de comprendre le fonctionnement de cette économie numérique pour ne pas en être seulement un utilisateur aveugle. 

L’essence du système et de l’économie numérique, ce sont les données.

Le moteur, ce sont les plateformes.

Ces données, elles proviennent des empreintes numériques que laissent nos activités personnelles, sociales et commerciales sur diverses plateformes. Elles peuvent être personnelles ou non, commerciales, privées ou publiques, sensibles ou non. Des entreprises se consacrent à la collecte et à la production dinformations à partir de ces données, à leur stockage et leur analyse. La création de valeur résulte de la transformation des données en informations numériques et de leur revente dans le cadre dune activité commerciale.

Quant aux plateformes, elles sont le second moteur de lexpansion de léconomie numérique, perturbant au passage des secteurs existants. C’est ce qu’on appelle l’ubérisation. Les plateformes numériques fournissent une infrastructure en ligne qui rend possibles les échanges entre plusieurs parties. Elles sont aujourdhui au cœur du modèle commercial de grands groupes du numérique, tels quAmazon, Alibaba, Facebook et eBay, ainsi que dentreprises implantées dans des secteurs dont lessor est stimulé par les technologies numériques, comme Uber ou Airbnb.

Signe du pouvoir dont disposent aujourdhui les plateformes, sept des huit premières entreprises au monde, en termes de capitalisation boursière, reposent sur le modèle commercial de la plateforme.

La fracture numérique

Dun point de vue géographique, le développement de léconomie numérique est très inégal.  Aujourdhui, dans un pays moins avancé soit les pays dont le niveau de développement est le plus bas, seule une personne sur cinq utilise Internet, contre quatre sur cinq dans les pays développés. Cette fracture existe aussi au sein des pays développés, en raison parfois de la qualité de la connexion dans les zones rurales mais aussi de la formation de certaines catégories de public.

La connexion et l’usage, ne sont en outre que lune des dimensions de la fracture numérique.

Léconomie numérique nest pas caractérisée par le traditionnel clivage Nord-Sud. Le gros de la valeur économique (90%) est concentré en Chine et aux USA. 10% pour le reste du monde y compris l’Europe, l’Asie du Sud Est, l’Afrique et l’Amérique Latine.

En résumé, il s’agit d’une économie nouvelle qui touche tous les secteurs  basée sur un «business modele» très particulier : on donne des données par les traces que laissent nos achats et nos comportements sur les réseaux et les plateformes, données qui d’une part  alimentent le système et le monétise en nous profilant et en nous proposant des produits ou des infos qui nous censés nous correspondre et d’autre part sont utilisées et croisées (algorithmes) pour créer des outils d’intelligence artificielle qui nous seront revendus ensuite (Big data)

 

Les technologies de pointe

Au-delà de ce modèle déjà bien rodé et en expansion fulgurante, il y a de nouvelles technologies qui en dérivent et qui se profilent dans tous les secteurs

  • Le Big Data c’est-à-dire la gestion massive de données
  • Le Blockchain : il s’agit d’une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, qui ne dépend d’aucun organe central. Il produit donc une totale traçabilité et visibilité de toutes les transactions. C’est comme un livre de comptes ou un registre décentralisé et contrôlé par tout le monde. Ses applications sont multiples comme par exemple dans la traçabilité des colis, des produits alimentaires, dans l’assurance (applications des règles d’un contrat d’assurance)
  • L’ Internet des Objets : il s’agit de l’interconnexion entre l’internet, des objets, des lieux et des environnements physiques. On pense aux objets connectés, au fait d’allumer son chauffage avec son téléphone, calculer les pas ou les calories dépensées lors d’un jogging, mais il y a pléthore d’applications industrielles et logistiques.
  • L’Intelligence artificielle (IA) et la robotique : L’IA est l’ensemble des techniques et ingrédients qui permettent de réaliser des machines capables de simuler et même de dépasser l’intelligence humaine via des algorithmes. L’intelligence artificielle ne fonctionne que sur base de données et c’est donc un excellent outil d’aide à la décision faite par l’intelligence humaine. La robotique et l’automatisation de la production contribueront par ailleurs à une certaine relocalisation de la production dans la mesure où il sera moins couteux de faire produire par des robots à proximité du consommateur que par une main d’œuvre bon marché dans des pays lointains.
  • Les drones sont déjà largement utilisés dans nombre d’applications d’observations, de suivi ou de livraisons.

Les risques courus

On réalise rapidement les avantages incontestables de ces technologies (et combien elles sont utiles et ont connu un boum dans cette période de pandémie) mais aussi les risques et les inégalités qu’elles génèrent :

  • Un changement profond dans les emplois et les formes des activités humaines, y compris en agriculture
  • La régulation et la taxation des grandes plateformes afin de laisser place à des plateformes émergentes permettant par exemple de mettre en contact direct producteur et consommateur à une échelle plus importante que strictement locale
  • La compréhension des modèles de fonctionnement et le soutien des autorités publiques sont nécessaires
  • L’investissement que cela représente versus le gain de temps

A cette évolution fulgurante du numérique s’ajoute la question criante du changement climatique et la nécessité de revoir notre modèle, nos lieux de production, de distribution de l’alimentation (circuits courts, diminution des  émissions liées au transport, limitation drastique des intrants et des pesticides pour protéger la biodiversité, la question de l’élevage et de la consommation de viande), tout cela à l’échelle wallonne mais aussi et beaucoup à l’échelle européenne via la politique agricole européenne et les mesures agro-environnementales.
 

N’oublions jamais la solidarité : les producteurs et surtout les productrices du Sud sont, à une échelle différente, dans des conditions assez similaires aux vôtres : grande vulnérabilité, pouvoir très limité sur les prix, revenus insuffisants et souvent pauvreté endémique.

La tendance actuelle visant à rapprocher le consommateur du producteur est évidemment de la plus haute importance pour des raisons écologiques, économiques, de souveraineté, de qualité.

Mais on ne peut pas tirer l’échelle quand on est arrivé en haut.
 

Tout ce dont nous jouissons ici et maintenant est le fruit d’un modèle dans lequel nous exportons parfois même avant de servir le marché local ou régional (européen). Du côté des pays en développement, on importe une telle quantité de produits alimentaires à bas prix qu’on rend impossible des revenus dignes pour les plus petits producteurs et ceux qui sont au bout de la chaine de valeur, qui dans le secteur agro-alimentaire sont menées le plus souvent par de très grandes entreprises du secteur.

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