Je viens de Biesmerée, dans la région de Mettet (Condroz) et nous exploitons, avec mon mari, une ferme familiale en grandes cultures (céréales, betteraves, colzas, lins) et élevage de Blonde d’Aquitaine. Nous avons deux formes de diversification (gîtes à la ferme et poulaillers bio).
Je suis candidate aux élections régionales pour le Parlement Wallon en tant que 6ème suppléante sur la liste MR de Namur Nord.
Comment s’est manifesté votre intérêt pour la politique ?
Par hasard ! En parlant élections avec un conseiller qui a senti mon intérêt et ce n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd ! J’ai participé aux élections communales de 2012 et aux régionales de 2014. Par la suite, je me suis mise en retrait (famille, projets professionnels et particularités du milieu politique).
Provenez-vous d’un univers familial politisé ?
Pas du tout ! Mais mon grand-père paternel et mon papa ont toujours été des sympathisants et adhérents aux idées libérales.
Comment définiriez-vous votre culture politique ? Est-ce que vous vous identifiez aux valeurs politiques du parti auquel vous appartenez ?
Je n’aime pas les dogmes et cette idée du « tu as tort, j’ai raison… », les « yaka et fauqu’on… », ça m’énerve. Je suis une personne qui vit sur le terrain, que ce soit au niveau agricole, au niveau de ma profession d’enseignante ou même en tant que maman et femme en 2024. Mes valeurs portent notamment sur l’importance du travail ou encore une formation de qualité pour les jeunes générations.
Pourquoi est-ce important pour vous de vous engager en politique ? Quelles sont vos préoccupations ?
Je n’ai rien à gagner directement dans ce scrutin vu mon positionnement. Toutefois, je trouve intéressant de porter un message, des valeurs, une identité rurale forte et une voix féminine.
Je n’ai pas la prétention de révolutionner le paysage politique. Je sais combien on peut être déçu, frustré, dégoûté voire révolté par le fonctionnement du monde politique. J’ai la possibilité d’y aller, alors j’y vais. Je n’ai rien à perdre.
Nous avons la chance de pouvoir nous exprimer, de disposer de libertés, de vivre dans une société qui ne connait pas la faim et qui vit dans la paix. Il faut aussi se bouger pour préserver ces acquis. (Je me souviens combien j’étais frustrée durant les confinements de ne pas pouvoir circuler librement, voir qui je voulais, travailler en toute autonomie…)
Pensez-vous que les femmes disposent de nombreuses opportunités pour s’impliquer en politique ?
Je pense que oui mais il y a la théorie et la pratique. Vous connaissez beaucoup de femmes bourgmestres ? Têtes de liste ? … Il y en a mais il reste encore du chemin à parcourir.
Avez-vous été victime de sexisme suite à votre engagement en politique ?
Honnêtement, non mais dans d’autres sphères, notamment professionnelle, oui.
Pensez-vous qu’il devrait y avoir plus de femmes en politique ?
Ho oui ! Probablement que nos sociétés ne s’en porteraient pas plus mal.
Comment faire de la politique « féminine » ?
Est-ce que la politique doit être genrée ? J’en doute mais je pense qu’il faut une politique de concertation, une politique à l’écoute, une politique d’ouverture. On ne sait pas prendre une décision qui plaise à tous mais une décision en adéquation avec son époque et ses réalités.
Quels combats souhaitez-vous porter pour l’agriculture, les agricultrices et les agriculteurs ?
Rien de neuf sous le soleil. Des revenus décents, de la simplification administrative, des conseils et non des contrôles, une image valorisée, qu’on arrête d’accuser notre agriculture de tous les maux et de la stabilité dans les décisions « les 3 pas en avant, 2 pas en arrière » STOP, le fait de changer les règles en cours de route et sans concertation, les dossiers de reprise où il fait remplir 3 encyclopédies pour mendier une prime, c’est bon à la fin.
Que chacun balaie devant sa porte, notamment les « yaka et autres fauqu’on… ». Comme dit mon grand-père, « un tonneau vide, ça fait toujours beaucoup de bruit ».
Que répondez-vous aux personnes lassées par la politique ?
Un petit séjour en Russie ou en Afghanistan ? Ces endroits très accueillants où les filles ne peuvent pas aller à l’école, les femmes ne peuvent pas travailler ni aller chez l’esthéticienne, où l’IVG et la contraception sont des châtiments, où on tue encore des personnes par lapidation. J’ai deux filles et je me réjouis de les élever dans un pays où ces inepties n’existent pas mais je vois aussi qu’il faut se bouger pour les préserver car il faut peu de choses pour que tout bascule. D’où mon engagement pour une société libre, ouverte, qui valorise et récompense le travail et l’initiative.