50 ans de syndicalisme agricole - Annie Guiot agricultrice à Froidchapelle

Annie est agricultrice à Froidchapelle. Elle a créé sa diversification : la glace il y a très longtemps de cela et était l’une des premières à proposer des gâteaux de glaces décorés dont nous avons pu à de nombreuses occasions bénéficier. Très jeune, elle était déjà investie au sein de la JAP puis des UPAF et enfin de l’UAW de Beaumont. Elle a porté avec force et conviction la voix des agricultrices de sa région lors des réunions à Gembloux.

UAW : Annie, tu es investie dans le mouvement depuis de nombreuses années, comment y es-tu rentrée ?

André Bayot de Barbençon, président du canton UPA de Beaumont, cherchait une présidente, c'est Joséphine Colle qui lança le comité UPAF, avec Claudine Hoedenaken, Renée Lange... Ma maman en faisait partie aussi, c'est elle qui m'a enrôlée dans la section pour sortir un peu de la ferme car la cohabitation entre les générations n’était pas toujours évidente.

Je n’ai pas hésité à passer chez les dames parce que je connaissais un peu la structure m’étant impliquée dans la JAP de nombreuses années (l'agence matrimoniale comme disait ma belle-mère). C’est d’ailleurs là que j’ai rencontré mon futur époux Pierre qui était agriculteur à Froidchapelle à la ferme du moulin à l’époque de la création du fameux barrage de l’Eau d'Heure.

UAW : Qu’est-ce que le mouvement t’a apporté dans ta vie de femme et dans ta vie d’agricultrice ?

Du Soutien, des informations, et surtout on se rencontre et on se rend compte que d'autres aussi ont des soucis. À plusieurs c'est un peu moins dur.

On trouve plus facilement des solutions aux problèmes grâce à toutes les formations que nous suivons, mais aussi grâce aux moments plus conviviaux comme les cours de cuisine, d'art floral

Cela fait un bien fou de se changer les idées, comme le disait Madame Bister, quand on a des pieds de plomb ! 

On avait, mon mari et moi, de grands projets : l’achat de quotas, la construction d’un hangar pour mettre les vaches en liberté et surtout se lancer vers le tourisme à la ferme.

Et puis en juillet 1994, la catastrophe... Suite à une chute d'échelle, mon mari décéda. Je reste seule avec nos deux garçons de 13 et 7 ans. Et là on se pose beaucoup de questions... Que faire ? J'étais présidente de la section locale UPAF et le soutien moral était là grâce à toutes les dames de ma section.

C'était décidé, j'allais garder la ferme, continuer les travaux pour ne traire que des Holsteins en salle de traite. Les fistons voulaient rester à la ferme, ils avaient déjà vu comment leur papa faisait... Les deux frères  sont très complices et complémentaires mais la ferme n'était pas assez grande pour deux... C’est l’aîné qui a repris en 2004, nous avons fait une association.

J’ai, depuis, créé une ferme pédagogique. De plus, plusieurs facteurs sont arrivés presque en même temps : la fromagerie des pères Trappistes de Chimay cherchait des fermes à visiter et ainsi mettre en valeur leurs fromages. Je suis entrée au conseil d'administration de notre laiterie coopérative Coferme, et en 2000, je me suis lancée dans la fabrication des glaces et surtout de plus en plus de gâteaux, très prenant les week-ends. J’ai ainsi commencé à participer aux fermes ouvertes avec le soutien de l’UAW.

Quand je regarde en arrière, les moments vécus ne furent pas toujours très drôles mais les agricultrices ont toujours été là pour me soutenir, me donner un nouvel élan et me permettre de m’épanouir dans mon métier.

UAW : Et Votre premier combat syndical ?

« Au 1er projet du Barrage de l’Eau d’Heure, le petit village de Fourbechies devait être noyé jusqu'au moulin de Renlies, le moulin de Froidchapelle, la vallée de la Hantes mais, les habitants se sont révoltés et grâce à leur petite église qui était classée et de l'image miraculeuse de la Vierge, c'est un autre projet qui a été retenu, plus entre les bois...Boussu-lez-Walcourt vers Cerfontaine car il y avait moins de maisons à exproprier et plus d' eau, la vallée de l'Eau d'Heure !

Le roi Baudouin est venu pour rencontrer les agriculteurs, il nous avait écoutés avec beaucoup d'intérêt. Là le déclic de la défense syndicale s'est enclenché : des dizaines de fermes allaient perdre du terrain, quelques-unes mêmes expropriées dans les années 1974-75 et le train ne passerait plus à Cerfontaine ! »

UAW : Vous avez vécu de nombreux moments forts dans votre métier d’agricultrice ?

En effet, c’est là que l’on se rend compte que l’Union fait la Force et que même si les combats ne sont pas toujours gagnés, le soutien des autres est important.

Dans les années 80, la brucellose régna 9 ans autour de la ferme et puis arriva le fameux quota laitier !

Puis la crise de la dioxine et celle de la vache folle, les dossiers bloqués... Ce ne sont pas de bons souvenirs ! Puis la réforme le bail à ferme, les maladies du bétail, la phytolicence, tout cela a marqué ma vie quotidienne d’agricultrice.

Aujourd’hui c’est le regard des citoyens sur notre travail qui est compliqué à gérer ! à l'heure actuelle, il est plus que nécessaire de garder le contact avec le monde extérieur, de montrer notre travail, que les animaux sont respectés, même, qu’ils entretiennent le paysage, de faire des actions de sensibilisation.... Dans notre région, on y travaille beaucoup, nous participons aux journées pédagogiques de nos fermes, en septembre organisées par le Comité du Terroir. Nous formons une bonne équipe, une famille !

UAW : En vrac, quelques souvenirs de votre vécu dans le mouvement des agricultrices ?

Le premier nom qui me vient est Marie-Jeanne De Keiser ! Une  fermière à la défense du métier !

Le second est Anne-Marie Tasiaux que je remercie pour son soutien lors de toutes les crises que notre ferme a passé.

Des moments forts, c’était aussi la venue de la reine Fabiola à Hantes-Wihéries à la ferme les Grands Prés qui venait de créer des gîtes. Quelle émotion quand la reine demanda aux mamans qui étaient venues avec leurs enfants de venir les présenter. J'y étais avec mon 2ème fils qui avait 6 mois.

Très bons souvenirs aussi de la venue de la reine Paola à Gembloux pour les 40 ans du mouvement avec Anne-Marie Tasiaux.

Le moment que je préfère dans l’année, c’est la Foire de Libramont, où je rencontre beaucoup de connaissances. Le Terroir ! C’est ce qui me tient le plus à cœur, et ce que mes parents m’ont transmis. Mes parents fabriquaient du beurre, ils étaient des défenseurs de la ferme familiale avec André Gohy, que beaucoup d’entre nous ont connu.

UAW : un petit mot pour terminer ?

Gardons la foi en notre métier ensemble dans la défense des intérêts de tous ! Profitons des cours de la FWA, des UAW et surtout soutenons la FJA !

Félicitations à Marianne pour son premier congrès  FWA, bon courage !

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