50 ans de syndicalisme agricole - Annie Vanderheyden agricultrice à Fourons

UAW : Comment es-tu rentrée dans la structure syndicale féminine UPAF puis UAW.

Dès le début de la création du mouvement, j’ai été invitée à participer aux activités et réunions dans ma région : Aubel.

Etant donné que j’étais jeune maman de 3 enfants et travaillant à la ferme avec mon mari, je ne suis pas allée à ces réunions.

Puis j’ai fait la connaissance de deux agricultrices : Yvette Dujacquier et Thérèse Simon, qui m’ont, on peut le dire, enrôlée avec Louise, Virginie, Elvire et les autres agricultrices. C’est ainsi qu’avec mes deux « marraines de cœur » j’ai participé aux réunions. N’ayant aucune envie, ni le temps de m’investir au sein du comité, j’ai refusé de prendre un poste. Aussi Thérèse s’est faite élire et petit à petit m’a demandé de la seconder puis de prendre sa place.

Mon arrivée au Comité Directeur n’a pas été simple, le stress prenait souvent le dessus mais j’ai un mari en or, il m’a soutenu, m’a aidé à prendre les bonnes décisions et petit à petit, j’ai fait ma place au sein du mouvement et avec l’aide et la collaboration des 3 enfants.

Il faut dire, à décharge, que le mouvement venait d’être créé et on marchait un peu vers l’inconnu. Tout était à faire et les dames de l’époque n’étaient pas prêtes à cette vitesse de création du syndicat féminin.

UAW : Comment ton implication dans le mouvement a-t-elle évoluée ?

L’évolution fut à la fois rapide et en même temps, on partait de rien, tout était à construire.

Heureusement, nous avons toujours eu des présidentes nationales hyper actives, elles avaient chacune leurs qualités et ont toutes apportés une pierre à l’édifice du syndicalisme féminin. J’ai ainsi pu travailler avec Cécile Stassart, Marie Jeanne De Keyser, Irène Monjoie, Anne Marie Tasiaux, Marianne Streel mais aussi de grandes dames comme Mme de Marneffe, Mme Jonnart.

Avec le recul, je me dis que nous avons de la chance d’avoir des présidentes nationales géniales, qui ont la fibre syndicale, qui nous portent, et qui ont la fibre familiale et maternelle très développée.

Le mouvement féminin a toujours eu des présidentes complémentaires.

Les choses ont évolués très vite. Au niveau local, beaucoup de contacts se sont créées et pour la première fois dans les années 80, une agricultrice a demandé des réunions sur le stress… Première fois qu’on en parlait et sûrement pas la dernière !

Puis les formations sont arrivées : avec en 1980 une formation sur la gestion du stress en agriculture, l’éducation des enfants, des thèmes assez divers sur info drogue et les adolescents. Chaque fois des différents thèmes aussi bien  culturels que sur la déco. Sans oublier nos menus fêtes (valorisation de nos produits agricoles) 2 fois l'année mais aussi des cours pour celles qui le désiraient tels que, la qualité du lait, la vente directe, l’hygiène, l’élevage des veaux (maladie, vaccins), la comptabilité : la comprendre et en faire la lecture, la prévention des maladies du cheptel, les calendriers d’insémination, la colorimétrie (choix des couleurs en 1995)… Choix très variés et qui correspondaient aux demandes des dames de l’époque.

Lors de mon arrivée en section locale, j’ai été mise au parfum assez rapidement. J’ai presque tout de suite évolué vers le niveau provincial et de là accédé au Comité Directeur et au Conseil Général. Nous n’étions pas nombreuses au début. Mais nous avons pu avancer car chacune amenait ses idées.

Le syndicalisme agricole est une grande famille… qui dit famille dit joies mais aussi tensions. Toutes les avancées n’ont pas été faciles à faire accepter. Il y a eu des moments plus compliqués, comme pour faire admettre que le stage des jeunes était nécessaire pour acquérir une autre expérience et avoir une ouverture d’esprit. Mais à force de patience, de persévérance…on y arrive.

UAW : Qu’est-ce que le mouvement t’a apporté dans ta vie de femme et dans ta vie d’agricultrice ?

Quel que soit le niveau où l’on s’investit, le mouvement apporte quelque chose, un sentiment d’appartenance déjà avec une identité propre.

Ensuite beaucoup d’amitié…Nous étoffons nos contacts également. Notre vie sociale s’élargit, et on apprend à connaitre d’autres agricultrices, d’autres types d’agricultures, d’autres spéculations… On apprend à travailler avec le souhait des autres, la connaissance des autres, le non-dit de beaucoup, le ressenti dans les exploitations. Mais aussi la connaissance, l’expérience, la réflexion sur le devenir des femmes et des exploitations

Au niveau national, les séminaires, les congrès, les rencontres internationales m’ont beaucoup apportés.

Le syndicat féminin m’a aussi permis d’avoir les infos et les moyens pour avancer dans l’exploitation, on a eu, grâce à notre syndicat, ainsi beaucoup de références. Vous donniez un coup de fil et vous aviez les renseignements. Sur le terrain, les secrétaires sont une véritable aide et sont nécessaires. Pour ma part, j’ai travaillé avec Benoit Charlier, c’était le top du top.

De mon côté, je gère également, avec mon mari, des gîtes. Cela m’a apporté beaucoup de rencontres, d’amitiés, la connaissance de l’autre. Mais également des échanges avec  les citoyens lambda qui sont totalement déconnectés de la réalité agricole et là le dialogue est très important.

UAW : Quels sont les moments qui t’ont le plus marqué au cours de ta vie syndicale ? (les plus importants, les plus marquants ou les plus heureux pour toi personnellement, UPAF et UAW)

Il y en a eu tellement…

La reconnaissance du conjoint aidant (hommes et femmes) fut notre plus grande victoire et pour cela nous avons beaucoup travaillé avec les classes moyennes. Comme on dit « l’Union fait la Force ! ».

Il y a eu beaucoup d’améliorations au niveau du secteur agricole pour lesquelles notre organisation n’est pas étrangère :

Le service de remplacement agricole (socialement une grande avancée) avec tout  le travail a été concrétisé avec Mr Franssen, Mr René Caro et Mr Melchior Wathelet pour les aides financières.

C’était une avancée quand il y a eu ce service de remplacement autant pour les hommes que pour les femmes. Au niveau du mouvement féminin, nous avions travaillé en groupe pour savoir ce que les dames souhaitaient de la part de ce service.

On ne le dirait pas, mais ce fut un combat pour faire admettre que nous, en tant que femme, nous avions aussi besoin d’en bénéficier.

Les commissions lait, fiscale, … en commun avec les hommes étaient importantes. Les avis sont parfois différents, les perceptions du travail aussi…

La commission fiscale avait toute son importance car on a pu travailler sur le forfait  avec Henry Tilman qui était président commission fiscale et président national. Nous avons  aussi travaillé sur le revenu garanti lors des maladies.

La prime de naissance pour les indépendants a été une avancée pour nous, les femmes

Le COPA a été une grande expérience. J’y suis allée en remplacement de  Mme de Marneffe, c’est ce qui m’a apporté le plus, on était un tout avec les organisations (UPAF, AAF, BB,…) pour la Belgique, on était uni et on pouvait voir ce qui se passait dans les autres pays européens. Des rencontres très enrichissantes avec les agricultrices d’autres pays.

Un dernier mot ?

Dès la reprise de l'exploitation, on suggérait le plan Mansholt.

Arsène et moi, nous sommes informés dès le début...Ce plan quel FUTUR !!!… (voir citation)

A ce jour, La jeunesse apporte beaucoup de renouveau dans le milieu agricole.

Ils sont nécessaire et ont toute leur place car l’agriculture est à un tournant.

Avec toutes les émissions de télévisions qui parlent d’agriculture, il faudra être prudent, être informés, être de bons communicateurs, revaloriser nos modes d’élevage, valoriser notre agriculture familiale.

Les jeunes vont vivre avec ses désinformations, ils devront pouvoir trouver au sein de notre organisation, des informations, des réponses…

Les réseaux sociaux peuvent être  une catastrophe car la méconnaissance voyage plus vite que la connaissance. J’espère de tout cœur que le citoyen finira par ouvrir les yeux et comprendre la richesse et la beauté de notre agriculture

Nous sommes dépendants de la nature, mais la nature dépend aussi de nous.

La prise de conscience de nos dépendances et interdépendances peut nous aider à dissiper certaines illusions, et nous ouvrir à de nouveaux horizons.

Pour Arsène et moi : quel bonheur de voir nos petits-enfants concernés par le durable, l'écologie et l'environnement comme l'étaient déjà leurs papas !

Allons de l’avant mais il faut « Apprendre à Apprendre »

Annie a à cœur de rappeler d’où nous venons et pourquoi les fermes ont du se moderniser… Voici un résumé du Plan Mansholt… qui était un des premiers européens convaincus.

Sicco Mansholt a été agriculteur, résistant, homme politique et premier commissaire européen chargé de l’agriculture. Il a jeté les bases de la politique agricole commune (PAC), une des politiques les plus importantes de la construction européenne. Témoin des ravages de la famine qui toucha les Pays-Bas à la fin de la Seconde Guerre mondiale, Mansholt était convaincu que l’Europe devait subvenir à ses besoins alimentaires et qu’un approvisionnement stable en nourriture devait être garanti pour tous.
Le plan formé par Mansholt visait essentiellement à encourager la productivité en garantissant un prix minimum aux produits agricoles. Sa détermination en faveur de l’Europe et sa forte vision de l’avenir, associées à sa volonté de construire un avenir commun font de lui un véritable Européen.
Un mémorandum sur la réforme de la politique agricole commune», connu également sous le nom de « plan Mansholt » a vu le jour. Celui-ci prévoyait que les agriculteurs devaient moderniser leurs fermes pour que l’agriculture puisse prospérer. La productivité serait ainsi assurée et les agriculteurs européens pourraient devenir autonomes.
La politique agricole remplit brillamment son objectif, en rendant l’Europe autosuffisante sur le plan alimentaire.

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