Je m’appelle Ingrid Kairet Colignon, j’ai 47 ans, je suis conjointe aidante et maman de 2 garçons Alexis 28 ans et Denis 23 ans. Je ne suis pas fille d’agriculteur, il faut remonter quelques générations pour me rattacher au monde agricole. Mon arrière-grand-père était fermier mais je ne l’ai pas connu.

Je m’appelle Denis Kairet, je viens de fêter mes 23 ans, aidant sur l’exploitation familiale depuis 4 ans depuis la fin de mes études. Si, du côté de maman, il y a eu une coupure avec le monde agricole, du côté de papa la continuité a été assurée au travers les générations.

UAW : Bonjour, nous sommes ici au sein de la ferme Kairet, pouvez-vous nous décrire votre exploitation ?

Ingrid :

Cette année il y a 30 ans que Je me suis mariée à l’âge de 18 ans avec Daniel l’agriculteur du village qui venait de reprendre l’exploitation familiale. Nous avions pris la décision que je restais à la ferme pour rester dans la continuité de la ferme de mes beaux-parents. J’assumais les taches journalières liées à l’exploitation : traite des vaches, tri des pommes de terre, basse-cour, petite vente directe, entretien des abords de la ferme et surtout être présente pour nos futurs enfants.

Après la naissance de Denis, j’ai eu envie de faire du beurre. Nous avions déjà une écrémeuse, il ne restait plus qu’à acheter une petite baratte d’occasion (8000 FB) et c’était parti. C’est mon beau-père André qui m’a appris à faire du beurre et qui l’a fait avec moi durant de nombreuses années J’avais déjà une clientèle pour les pommes de terre et les œufs à qui j’ai proposé le beurre. Ça a tout de suite fonctionné. Mais alors on avait du lait écrémé ! J’ai alors proposé de la maquée, qui n’a pas toujours été écoulée ! Et là encore le papa de Daniel m’a montré comment faire de la boulette grasse (cela fait 2 ans que je ne parviens plus à la réussir ???)

En 2004, j’ai suivi la formation fromage au Carah à Ath, j’y ai appris énormément de choses mais je n’ai pas osé me lancer dans l’aventure. Il fallait du matériel assez onéreux et j’avais peur de ne pas le rentabiliser. J’ai bien commencé à faire du yaourt, mais la clientèle n’accrochait pas, j’étais en déficit avec le yaourt. J’ai abandonné.

Et pendant ce temps, Denis suivait ses études à l’école d’agriculture et m’a fait savoir que lorsqu’il viendrait nous rejoindre comme aidant sur l’exploitation, il souhaitait faire du fromage.

UAW : Comment la collaboration entre ton fils et toi s’est-elle concrétisée ? comment cette envie de travailler ensemble/collaborer et de développer de nouveaux projets au sein de votre exploitation familiale est-elle née ?

Denis :

C’était en Juillet 2017, nous étions en famille à la foire de Libramont, on s’intéressait au secteur de la transformation laitière, nous avons rencontré les gens de la province du Hainaut qui nous ont dirigé vers le professeur en formation fromagère du Carah Jean Philippe Vercaigne. Il m’invite à venir le rejoindre dès septembre pour suivre la formation. Il me propose dans la foulée de venir avec du lait pour le transformer dans leur installation. Ça, c’est du concret ! Je reviens avec mes petits fromages que j’affine durant 3 semaines et que je propose à la vente. Vif succès ! Nos clients sont enchantés et m’encouragent à continuer. Papa aussi est enthousiaste et bâtisseur qu’il est, il lance directement des travaux de transformation dans l’étable, on commande le matériel nécessaire et en octobre 2018 on inaugure nos installations qui sont fonctionnelles.

Maman sait me compléter puisqu’elle avait suivi également la formation fromage quelques années plutôt. Elle connait les bons gestes. Et pas à pas, on évolue ensemble en apportant nos idées. Il n’est pas rare non plus d’avoir des conseils de notre famille qui a un regard extérieur sur notre entreprise.

UAW : Comment tout ça s’organise au quotidien ? (Partage des tâches/travail ensemble, attributions de chacun…) Comment se prennent les décisions ?

Ingrid : A table, régulièrement, autour du repas on discute ensemble de ce qui fonctionne, de ce qui ne fonctionne pas. Ainsi nous pouvons repartir chacun à nos occupations et réfléchir à des solutions. Et c’est une perpétuelle remise en question au fil des saisons, de l’évolution. Nous en sommes arrivés à ce qu’au petit matin, pendant que Daniel trait, je prends le lait et je lance les différentes transformations, je remplis nos documents pour la traçabilité des produits, je prépare le frigo pour la vente de la journée.

Denis : Pendant ce temps, je soigne les vaches, je donne à boire aux veaux. Après le petit déjeuner, je peux alors commencer les différentes manipulations liées à la transformation laitière. 

UAW : Quels sont les avantages/inconvénients de travailler en famille ?

Ingrid : L’avantage c’est que nous pouvons coordonner jour après jour voire heure après heure les moments pour nos diverses activités. Il faut pour ça aussi, à chaque rendez-vous à prendre, vérifier si l’autre est disponible.

Le plus difficile ce sont les frictions à gérer au niveau travail comme dans toute entreprise mais chez moi, mon collègue, c’est mon fils !!! et également le monde de fonctionnement qui est différent pour chacun d’entre nous, ma difficulté est d'avoir besoin que le matériel soit prêt à temps et à heure et pas juste avant de se mettre en route. Il faut donc ajuster nos violons.

Denis : et pour moi c’est ma maman ! c’est peut- être plus facile pour moi d’accepter une remarque dans ce sens-là je pense ! Mais c’est plus difficile de faire une remarque à sa maman. Et je ne peux pas lui donner son C4 quand elle ne voit pas clair (rires).

UAW : Avez-vous reçu une aide extérieure pour mettre en place cette collaboration familiale : un soutien au développement de vos projets, installation/transmission, un soutien pour l’organisation de votre travail etc. ?

Ingrid : Je n’ai pas le sentiment d’avoir reçu une aide extérieure pour mettre en place cette collaboration. Mais je pense que j’ai amassé au fil des années passées au sein de l’UAW des images, des bribes de conversations après nos diverses réunions qui m’ont permis de mettre en place doucement cette transmission.

En tant que maman, je me suis assurée dès l’adolescence de Denis que c’était bien de sa propre volonté de vouloir continuer l’exploitation agricole (diversification ou pas). Je n’aurais pas voulu qu’il pense avoir l’obligation de continuer parce qu’il y a un patrimoine. Pour ça, nous avons consulté le PMS de l’école.

Denis : Lorsque j’ai fait ma formation fromagère, j’ai posé beaucoup de questions auprès de mon instructeur qui est venu à la ferme me donner des conseils, je n’ai pas suivi tous ses conseils, maman ne voulait pas supprimer son garage (rires) et maintenant je le regrette. J’ai observé tout le matériel, je suis allé aussi voir d’autres fromageries et c’est sur base de tout cela que j’ai commandé la cuve et la presse faite sur mesure.

UAW : Comment votre collaboration a-t-elle évolué depuis la mise en place de vos projets communs et/ou respectifs ? entre vos « débuts » et aujourd’hui, y a-t-il eu des changements au niveau organisationnel ou autre ?

Ingrid : Oh mon dieu oui qu’on a dû s’organiser !!! Rien que le volume de transformation c’est une adaptation. On a pensé avoir mis en place le fonctionnement idéal mais on a déjà dû repenser et modifier les choses. Heureusement j’ai un mari bâtisseur (rires).

page FB  Ferme Kairet

 

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