Des pleurotes made in Braives

À la Ferme Limbort, les générations se succèdent, chacune apportant sa touche personnelle et ce, notamment, en matière de diversification. À 29 ans, Laurence est donc la 5ème génération à reprendre le flambeau avec, depuis cette année, la commercialisation de pleurotes 100% braivois. Ce produit local a déjà conquis les consommateurs, ainsi que plusieurs restaurateurs de la région.

Votre projet, une histoire de famille ?

J’ai repris une partie de la ferme familiale en avril 2017, mon papa ayant pris sa pension. Notre exploitation est de grandes cultures traditionnelles (céréales, betteraves, pommes de terre et contrat légumes pois).

En 2005, mes parents ont ajouté une première diversification avec un gîte à la ferme de grande capacité. À mon arrivée, j’ai eu envie d’ajouter une deuxième diversification, qui devrait s’intégrer rapidement dans l’exploitation. Mon choix s’est alors porté sur la culture de pleurotes. Dans ma reprise de la ferme, cela a évidemment compté d’amener un nouveau projet de diversification.

Aujourd’hui, je suis agricultrice à titre principal et travaille également à temps partiel au Centre de recherches Provincial Liégeois Végémar où je suis responsable des essais légumes en plein champ.

Pourquoi les champignons ?

En 2015, j’ai suivi une formation sur la culture de champignons sur paille. Je suis, par ailleurs, ingénieure agronome de formation avec un Master en phytopathologie, ce qui me donne une certaine maitrise dans la production.

Ce type de production sur paille, en ferme et directement intégré dans l’exploitation est aussi plutôt marginal. Les consommateurs sont, de plus, en demande de produits locaux, ce qui m’a également conforté dans ma démarche.

Cette production de champignons sous forme d’économie circulaire s’intégrait donc très bien dans ma conception de la ferme : peu d’intermédiaires, réutilisation des sous-produits ; puisque cette paille, substrat fait maison, provient de nos terres de froment, pour ensuite enrichir nos champs en compost. Cette culture se combine aussi assez bien avec les saisons en champ. La période creuse pour les cultures correspond à la période de plus grande production des champignons.

Comment avez-vous pensez votre système de production ?

J’ai installé ma champignonnière dans la cave de la ferme. Pour débuter, j’ai pas mal fonctionné par essai/erreur : comment gérer les fluctuations de température, la luminosité, le taux d’humidité…

Pour le matériel de production, c’est aussi de la « débrouille » : je prépare le mélange substrat paille-semences dans une bétonnière, je remplis les sacs de substrat à la main… L’investissement de départ était plutôt léger : je produis dans des bâtiments existants avec du matériel simple.

Comment produisez-vous vos pleurotes ?

Les pleurotes sont relativement faciles à produire et ne demandent pas de stérilisation particulière. Pour leur substrat, j’utilise donc notre paille que je trempe dans un mélange d’eau et de chaux afin de créer un substrat idéal avec un pH de 8. Je mélange alors ce substrat avec des graines inertes qui servent de support au mycélium (filaments du champignon).  Le mycélium va alors se multiplier dans une chambre noire, c’est la phase d’incubation. Après trois semaines, les sacs sont placés à la lumière et ils sont entaillés pour augmenter l’apport en oxygène, ce qui provoque la fructification. Il faut une semaine pour voir apparaitre les premiers bourgeons, après 10-15 jours les premiers pleurotes sont prêts à être récoltés. Les sacs de substrat sont renouvelés après deux récoltes.

Comment gérez-vous la champignonnière ?

Après l’inoculation (mélange de la paille aux semences de pleurotes, le mycélium), les sacs de substrat (de 60 cm) sont mis en place dans la cave pour une première phase d’incubation de trois semaines, dans le noir et avec un très haut taux d’humidité. Ces conditions favorisent donc la colonisation du mycélium à l’ensemble su sac. Ils passent ensuite dans la chambre de fructification pour 5 semaines et des incisions sont pratiquées dans les sacs. C’est ce choc de lumière, d’oxygène ainsi que la diminution du taux d’humidité qui va provoquer la sortie des champignons. Je fais deux volées de récolte à 10 jours d’intervalle. Les pleurotes sont livrés dans un délai maximum de 48 heures. Après cela, les sacs sont en phase de « sortie » (compostage de la paille), et je procède au renouvellement.

Je dispose de deux chambres noires d’incubation avec environ une centaine de sacs de substrat et de cinq chambres de fructification (soit 5 x 72 sacs de substrat).

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez pour produire vos pleurotes ?

C’est assez difficile de stabiliser la production. Pour essayer de lisser le processus, je travaille par lot de 36 sacs de substrat. Deux lots de trente-six sacs de substrat entrent en même temps dans la champignonnière chaque semaine.

La production est également sensible aux fluctuations de température, d’humidité, d’oxygène et de luminosité. Quatorze degrés c’est l’optimum. Pour la lumière, il a d’abord fallu trouver la bonne intensité. En salle de fructification, j’ai d’abord laissé la lumière 24h/24 mais cela « déformait » les pleurotes. Je suis alors passée à un cycle jour/nuit avec un minuteur sur l’éclairage. Cette année, je ne vais pas maintenir la production en été, car ce sera difficile de maintenir les bonnes conditions. Il fera chaud, l’air sera moins sain dans la cave ce qui favorisera l’apparition de mouches par exemple…

Il faut aussi que j’écoule complètement mon stock chaque semaine, à savoir 15 kg en moyenne en sachant qu’elle peut fluctuer de 10 à 20 kg.

Comment gérez-vous le marketing  et la communication ?

Mon mari, diplômé en commerce extérieur, a été d’une aide précieuse pour initier le marketing lié à mes pleurotes et notamment sur la manière d’en fixer le prix. Nous avons comparé les prix pratiqués dans le commerce ou par d’autres producteurs. Ceci devant être adapté en fonction de l’emballage (vrac ou 200 g) et du mode de livraison, autant de variables qui doivent se répercuter sur le prix de vente.

Je n’ai pas vraiment travaillé sur un plan de communication. D’abord, j’ai fait gouter mes pleurotes à ma famille et à mes amis. Je leur faisais remplir une fiche d’évaluation sur les aspects gustatifs et visuels. Je les ai également mis à contribution pour définir le packaging : un emballage où on voit le produit. Pour le « nom », je voulais rester associée à notre ferme qui est déjà (re)connue grâce à notre gîte. Les pleurotes doivent rester liés à la Ferme Limbort, cela doit former un ensemble.

Début 2017, j’ai déjà été renseignée dans les producteurs locaux par l’ADL Braives. Après cette parution, le journal la Meuse m’a consacré un article puis l’Avenir, le Vlan, etc. Grâce à cette publicité dans des journaux de portées différentes, j’ai été remarquée par un restaurateur de Wanze qui travaille avec des produits locaux, puis un autre et évidemment par les consommateurs.

J’écoule également ma production au Proxy Delhaize de Braives, qui dédie un espace privilégié aux producteurs locaux. Mes pleurotes se retrouvent aussi sur les marchés par l’intermédiaire d’un maraicher. Pour ce type de production locale, il est selon moi très important d’aller à la rencontre des consommateurs pour leur présenter le produit.

Comment voyez-vous l’avenir ?

En 2018, je souhaiterais réaménager une des anciennes granges, pour agrandir la champignonnière tout en gardant notre production sur place. L’idée est de pouvoir multiplier la production de pleurotes par quatre (proportionnellement à l’espace envisagé), pour atteindre une production hebdomadaire d’environ 50 kg. Cette augmentation de volume serait tout à fait gérable en termes de récolte et de vente. Par contre, ce qui serait plus compliqué à gérer c’est la préparation du substrat et la mise en sacs. C’est un facteur limitant à ne pas négliger, étant donné que cette étape est très chronophage. Il faudrait alors repenser le système de remplissage des sacs de substrat, voire à « l’automatiser » puisque pour l’instant l’ensemble se fait à la main. L’objectif serait également que mon mari rejoigne le projet et l’exploitation, et que nous puissions en vivre à deux.

Dans la mesure du possible, nous souhaiterions diversifier la gamme de champignons, et nous spécialiser encore plus. J’irai alors visiter d’autres installations pour perfectionner mon matériel.

Nous aimerions également pouvoir combiner les séjours au gîte avec diverses activités en lien avec la champignonnière et l’exploitation en général : visite de l’atelier, activités pédagogiques, etc. L’activité du gîte pourrait encore s’étendre en y développant de nouveaux services, il y a encore du potentiel ! 

Quelle est votre vision de l’agriculture ?

Je suis d’un naturel optimiste, je veux aller de l’avant, se répéter que c’était mieux avant n’avance à rien… Se regrouper et se retrouver, c’est essentiel dans notre métier !

Je trouve que les femmes ont un rôle primordial dans les fermes et qu’il est nécessaire de valoriser leurs compétences, celles-ci étant complémentaires à celles des hommes.

Je pense également qu’aujourd’hui, en tant qu’agriculteur,  il faut faire la démarche d’aller à la rencontre des consommateurs. Pour ma diversification, je privilégie cette part de prospection et de contact.

Ferme Limbort

Contact :

Ferme Limbort

Rue Nouvelle, 6

4260 Braives

l_limbort@hotmail.com   0483/123 315

FB@fermelimbort

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