Rencontre avec Pauline Pierart, Jeune pousse du Hainaut 2019

Pauline, 25 ans, récemment maman d’une petite fille et élue comme conseillère communale, est employée sur l’exploitation familiale, la Ferme Plomcot située à Wanfercée-Baulet, depuis 7 ans. Elle y a rejoint ses parents et son frère aîné.

Depuis environ 45 ans, les parents de Pauline sont à la tête d’une exploitation de poules pondeuses avec une cinquantaine d’hectares de grandes cultures. Deux bâtiments sont dédiés à l’élevage de 100.000 poules en cages aménagées et un troisième bâtiment, construit il y a dix ans,  abrite 27.000 poules en volière, élevage au sol, avec deux jardins d’hiver couverts par bâtiment : le jardin d’hiver augmente l’espace disponible et permet aux poules d’avoir un accès à l’air libre et à la lumière naturelle.

Environ 20% de la production d’œufs est vendue au détail à différents commerces : boulangerie, boucherie, restaurants, grandes surfaces indépendantes et à des particuliers via une tournée en camionnette deux fois par semaine. Les 80% restants sont vendus à un marchand.

À côté de la production d’œufs, la famille Pierart a, depuis 2012, développé une station de bio méthanisation. Gérée par son père et son frère, la station avait pour but premier de gérer les effluents de l’élevage de poules et de produire l’électricité nécessaire au fonctionnement de la ferme. Afin de pouvoir rester en circuit fermé, le principe était de produire de la chaleur pour leur habitation et de l’électricité pour les activités de l’exploitation. Le projet s’est ensuite développé, et la station de bio méthanisation permet maintenant de chauffer une partie des maisons qui sont dans la rue la plus proche de la ferme, ainsi que l’école IND de Fleurus. Ce projet familial a également permis à une des sœurs de Pauline de rejoindre l’exploitation.

La station de bio méthanisation récupère et traite : les déjections des poules, les œufs trop endommagés, le fumier de certains fermiers, des déchets de pomme de terre, des déchets de fruits, de légumes, de sucrerie…

Comment as-tu rejoint l’exploitation ?

J’ai toujours donné un coup de main sur l’exploitation et étais habituée de travailler avec nos poules pondeuses. Après mes études à Saint Quentin, j’ai fait mes stages chez deux producteurs de légumes et je me suis intéressée à des études en marketing, en me disant qu’un diplôme en plus ça pouvait toujours servir, mais je n’ai pas accroché… C’est donc tout « naturellement » que j’ai rejoint l’exploitation familiale, en préférant dans un premier temps être employée.

Quel est ton rôle sur l’exploitation ?

Je m’occupe, avec ma maman, de l’ensemble de la production d’œufs. Les poules pondeuses, des brunes et des blanches, arrivent à l’exploitation à 17 semaines et y restent environ un an, car au-delà la qualité des œufs et les résultats techniques de la production deviennent trop faibles.

Quotidiennement, j’effectue un suivi minutieux de nos trois bâtiments : vérification des conditions de ventilation, d’alimentation, d’eau, du système de récupération des œufs, etc. Ce qui équivaut à environ trois heures de travail pour l’ensemble de nos bâtiments d’élevage. Je dirige également l’équipe de cinq ouvriers dédiés à la livraison des œufs, au ramassage, au tri, à la mise en boîte et à la préparation des commandes. La ferme familiale dispose d’une machine pour estampiller les œufs et d’une calibreuse pour la mise en boite.

Pourquoi t’es-tu lancée dans la production de légumes ?

Quand je suis arrivée sur l’exploitation, j’avais envie de développer un projet qui me ressemble, important pour moi. Sur un demi-hectare à tenant à l’exploitation, je me suis lancée dans la production de légumes sans pesticides : courgettes, potimarron, chou-fleur, brocoli, choux de bruxelles, salades… J’achète des plants à repiquer chez un producteur de légumes, et pour les courges je fais des semis. Avec notre camionnette qui effectue une tournée deux fois par semaine, le moyen de les vendre était déjà tout trouvé. Dans la camionnette, les clients peuvent donc trouver des œufs, des légumes, des pommes de terre de notre exploitation, ainsi que du beurre et du lait d’une exploitation voisine.

En saison, je gère donc aussi l’arrosage et la cueillette des légumes.

Quel sont tes projets futurs sur l’exploitation ?

En 2028, l’élevage de poules pondeuses en cages aménagées sera interdit. Et donc pour nous cela représentera 100.000 poules en moins… Transformer nos installations pour de l’élevage de poules pondeuses en bio ou plein air serait impossible et engendrerait un investissement énorme ; et puis personnellement je n’aurai plus envie d’investir dans ce modèle d’élevage parce que d’une part ça n’est pas ma philosophie et d’autre part, ça n’est plus dans l’air du temps…

Mon envie serait de vraiment développer la production de légumes, parce que ça fonctionne vraiment bien et cela se combine aussi très bien avec la tournée « porte à porte » que nous faisions déjà !

Si je devais avoir un projet complémentaire, ce serait peut-être celui d’une ferme pédagogique : je suis formée en animation grâce à mon expérience en mouvement de jeunesse et cela me permettrait de valoriser ce plus.

Il est clair que je suis chanceuse, parce ce que si j’avais dû partir de rien, je ne l’aurai pas tenté… Sans notre structure familiale, j’aurai pensé que c’était impossible et trop coûteux…

Quel regard portes-tu sur les critiques qui peuvent être adressées à l’élevage avicole à grande échelle ?

Dans un sens, je comprends l’avis des gens… Mais si je prends l’exemple de mes parents qui ont fait des investissements conséquents pour notre élevage de poules pondeuses, il faut que les gens comprennent que l’on ne peut pas tout arrêter du jour au lendemain… Les gens doivent comprendre que l’on ne peut pas tout révolutionner d’un claquement de doigts puisque ce sont des projets qui couvrent plusieurs dizaines années.

Personnellement, j’ai toujours fait preuve d’une grande ouverture d’esprit, je parle beaucoup avec les gens et apporte mon point de vue en matière de bien-être animal lorsqu’il en est question dans mon rôle de conseillère communale et via mes activités d’animatrice dans un mouvement de jeunesse j’ai aussi à cœur de transmettre aux enfants les valeurs et les réalités de notre métier.

Quelle est ta vision de l’agriculture de demain ?

L’agriculture a changé, évolué et va encore changer, évoluer mais pour un jeune c’est aussi primordial de discuter, d’échanger avec d’autres agriculteurs, plus expérimentés. On a besoin du savoir des plus âgés, de leurs conseils, de leur vision du secteur…

À mon sens, on va, dans une certaine mesure, revenir à des pratiques agricoles beaucoup plus simples, pour aller à l’essentiel et transmettre cette « simplicité » à nos enfants. Le consommateur d’aujourd’hui veut savoir ce qu’il mange, c’est une chose, mais il faut aussi qu’ils se rendent compte qu’il va devoir se défaire de certaines habitudes de consommation, comme des aliments standards, « parfaits », calibrés.

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