Une agricultrice, c’est aussi une chef d’entreprise !

Le 21 avril 2017, les célèbres pandas et les autres animaux du Parc Pairi Daiza à Brugelette ont accueilli le dîner de gala annuel de l’Association belge des Femmes Chefs d’Entreprise. Comme à leur habitude, les FCE ont profité de cette soirée pour remettre leurs Awards à trois lauréates qui mettent ainsi en valeur le travail d’entrepreneur au féminin. Parmi celles-ci, une agricultrice de la région namuroise, Leen Hypacie. Elle nous a ouvert les portes de son magasin, de sa boucherie et de sa chèvrerie. 

 

Originaire de Geel dans la campine anversoise, Leen est venue s’installer à Bovesse en province de Namur avec son mari Dominique.

Pouvez-vous nous raconter les débuts de votre exploitation ?

Nous voulions reprendre une ferme mais malheureusement nous n’avons pas disposé des fonds d’investissement et ce projet n’a pas pu se concrétiser. Nous avons donc opté pour l’achat de 3ha de terres sur lesquels nous avons fait de l’horticulture en parallèle de l’élevage de vaches laitières. Nous nous étions dit que nous allions vendre ces produits en vente directe. Cependant, la sauce n’a pas pris et ce n’était pas rentable. Dans le même temps, pour nous assurer une rentrée d’argent régulière, je travaillais à l’extérieur de l’exploitation comme infirmière aux soins intensif d’un hôpital.

Et là, premier grand tournant…

Oui, nous avons planté du persil. Or, il s’est passé que Delhaize cherchait un nouveau fournisseur. Il faut savoir qu’il est en général très difficile de rentrer chez eux comme fournisseurs car ils sont très fidèles à ceux qu’ils ont déjà. Nous avons donc eu un petit coup de chance mais cela s’est traduit par l’obligation de livraison quasi quotidienne. Pour y parvenir, nous avons fait l’acquisition de terres dans le sud de la France au pied des Pyrénées en plus de celles que nous possédions en Belgique. Comme mon mari devait y être parfois pendant plusieurs semaines d’affilée, j’ai donc décidé d’arrêter mon métier d’infirmière pour reprendre l’exploitation comme conjointe aidante.
Toutefois, l’option un seul client et quasiment une seule culture était un très gros risque, d’autant plus que nous avions connu un nouveau revers de fortune en France qui nous avait obligé à revendre nos terres. Il fallait donc nous diversifier, ce qui a mené à l’ouverture du magasin.

Le deuxième tournant important…

Nous l’avons construit durant les deux semaines des vacances de Pâques 2011 et nous avons ouvert le dernier jour. Un bel exploit. (sourire). Nous jouons un rôle de centralisateur pour d’autres producteurs de fruits et légumes, majoritairement de la région. Tout le monde y a trouvé son compte puisque nous ne marchons pas sur leurs plates-bandes. Et puis, un an après, nouvelle étape : la chèvrerie. Un éleveur de la région allait s’arrêter et nous a proposé de les reprendre. Nous avons dû prendre une décision très rapidement, tellement vite d’ailleurs que nous n’avons pas pu avoir les aides à l’installation parce que le processus de prise en compte du dossier était trop long par rapport au temps dont nous disposions pour nous lancer…

Et aujourd’hui vous êtes à la tête d’une PME

Nous avons 19 employés en CDI plus des saisonniers pour s’occuper avec nous des cultures, du magasin, de la chèvrerie et de la boucherie (viande limousine et charcuterie artisanale) où travaille également notre fils ainé. Certains de nos employés sont là depuis plus de 15 ans. Il y a une relation de qualité avec eux comme avec nos producteurs. Je crois que c’est aussi cela que célèbre l’award de FCE.

Que diriez-vous à une jeune agricultrice qui voudrait se lancer ?

C’est un peu cliché mais je dirais de ne surtout pas compter ses heures et avoir de la patience. Mais également oser prendre des risques et sortir des sentiers battus. Il reste des opportunités à saisir dans l’agriculture.


« Il y a une relation évidente entre les FCE et le monde agricole »

En marge de ce diner de gala des FCE, nous avons également posé quelques questions à leur présidente, Muriel Eyletters.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les FCE ?

Nous sommes le plus ancien réseau de femmes chefs d’entreprise. L’association a en effet été créée au sortir de la seconde guerre mondiale à un moment où de nombreuses femmes ont dû reprendre les affaires de leur époux mutilé voire tué dans le conflit.

Comme notre nom l’indique, nous sommes essentiellement des chefs d’entreprise, que ce soit comme indépendante ou patronne d’une PME. Toutes doivent avoir un numéro de TVA et être inscrites à la Banque Carrefour des Entreprises. Nous acceptons quelques cadres de haut-niveau mais leur nombre ne doit pas dépasser les 10% de nos membres.

Et vos activités ?

Comme toute association de « patrons », une bonne partie de nos activités consiste en événements de networking, d’échanges de bonnes pratiques entre nos membres. Cependant, ce dont nous sommes le plus fier et auquel nous attachons énormément d’importance, c’est le mentorat. Des membres bénévoles prennent du temps pour partager des conseils et des bonnes pratiques avec de jeunes indépendantes, voire avec des femmes qui désirent se lancer dans le grand bain. Il est par ailleurs intéressant de remarquer que nombre de celles-ci sont issues de la diversité.

La relation entre FCE et UAW, ça allait de soi ?

Bien sûr, j’en suis moi-même le parfait exemple. Je suis ingénieur agronome et docteur en sciences agronomiques ; j’étais d’ailleurs dans la même promotion que le secrétaire général de la FWA (rires). Plus sérieusement, ne fût-ce que par le statut d’indépendant. Les agricultrices sont de vraies chefs d’entreprise. La lauréate de cette année est, à ce titre, un très bon exemple puisqu’elle a travaillé en dehors de la ferme avant d’être conjointe aidante et aujourd’hui agricultrice à titre principal et à la tête d’une vraie petite PME.

Comment voyez-vous le futur de cette relation ?

Nous continuons bien entendu notre collaboration lors de la remise de prix annuelle pendant la Foire de Libramont. Nous allons par ailleurs encore développer notre activité de mentorat et en faire une véritable « académie » pour les entrepreneuses avec, par exemple, des cours de management et de recherche de financement. Nous sommes certaines que les agricultrices y trouveraient aussi leur compte. Enfin, nous les invitons de tout cœur à participer à nos activités de networking.


 

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